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Animaux de pouvoirs chamaniques et esprits alliés

Ces dessins réalisés au stylo à bille sur papier sont le fruit de voyages en état de conscience modifiée dans des mondes chamaniques.

Ils s'accompagnent de récits, comme le témoignage d'un cheminement parcouru à travers le sensible. Une retranscription intuitive de ce qui est parfois indicible, la réponse à des questionnements existentialistes hors de la négociation philosophique, un rééquilibre de disharmonies énergétiques rencontrées dans des paysages parfois douloureux et parfois d'une beauté époustouflante.

Ce projet a donné lieu à la publication d'un blog :

Voyage dans les Outres Mondes

ANIMAUX D'ABATTAGE

1er jour de défrichage - les abattoirs à Nice

Possibilité d'une liberté

 

"C’est un espace de bitume, de rouille, de verre cassé, de mousse, de poussière, de décrépitude. Un univers quadrillé par des barrières, des cubes de béton et de la ferraille. La nature s’incruste dans le peu d’espace libre. La crasse sur les vitres obstrue la lumière et les bâtiments entonnent la complainte de la douce libération, livrés au temps qui passe, délivrés de leur horrible utilité d’antan.

Une porte grillagée s’ouvre et nous entamons le chemin des bêtes. L’antre du diable aurait-été plus accueillant. Le son y résonne comme dans une église, des marches pour l’ascension de l’être à deux pattes, une rampe pour  les quatre pattes. Des crochets, des enclos, de la terreur et toujours cette odeur animale imprégnée dans les murs, même après toutes ces années d’abandon. On s’abandonne au jeu morbide, marchant dans les traces des cochons et des vaches menés à l’électrocution, s’imaginant le sang coulé dans les bassins, pénétrants toujours plus loin dans le memento mori. Se préservant, nous fermons les vannes empathiques, contrôlant nos glottes et nos réflexes nauséeux. Nous passerons cinq jours en ces lieux. Du gris, des grilles, du grillage, le sol jonché de fientes, les seuls autochtones roucoulent. Chaque gouttière devient volière : le nid de la dernière chaleur. Danger de mort est inscrit sur les portes, il reste ici et là du vieux mobilier et des objets, des livres de comptes, des manifestes de la tuerie rentable, une table, une brouette, une blouse blanche. Et ce silence... Ponctué par les battements d’ailes sifflants des pigeons et le ronronnement lointain des voitures, il pousse à la méditation.

La prise de contact nous vide de notre énergie, on s’accroche au vivant, aux danseurs. La beauté de la chair est absorbée par les murs crasseux. Le beau n’est pas fait pour survivre en ces lieux. C’est l’endroit où tout ce qui vit est voué au meurtre.

Les danseurs se donnent à fond, interprètent la confrontation, la peur, la soumission, le tremblement, l’amour, la fusion… La performance est intense, ils absorbent, transcendent, transforment et redistribuent. C’est une bataille qui fait perdurer la liberté et la vie dans ce système bâillonné où l’architecture est pensée pour tuer..."

 

NLF

 

Défrichage aux abattoirs de Nice - Workshop de Décembre 2014 - Les Urbains de Minuit invités par la Cie Antipodes.

Exposition Confine del Corpo expérience 1 - Sanremo - Italie

Exposition Confine del Corpo expérience 2 - Les Abattoirs de Nice.

LE RENARD AUX BOIS DE CERF

 

"Je glisse doucement sous la membrane de terre et pose mon esprit au sol d’un îlot, flottant sur la mer de brume. Un arbre sec et tortueux pousse dans le brouillard, sans feuilles ses branches caressent les spirales de vapeur. Son écorce noire forme une tache d’encre dans l’atmosphère laiteuse. Une branche se détache, c’est un bois de cerf. Derrière le tronc charbonneux s'agite le museau d’un renard roux cornu. Il a la ramure du roi de la forêt et le regard tendre du loup qui chante chaque soir son amour à lune. 

Je glisse doucement sur la membrane de bruine, le renard danse sur son île et frotte ses bois sur le feuillu mis à nu. Je glisse doucement sur la membrane des songes. Le lendemain, un vide greniers, je trouve les bois d’un jeune cerf sur le stand du chasseur. Il ne chasse plus. Il s’est perdu dans le regard du monarque de Tremagne et ne tuera plus jamais. Quelques jours après, un renard qui rodait dans le jardin entre dans la cuisine et vole une brioche. Je croise son regard après l’avoir surpris la tête dans le sachet. Il s’empare du butin tout entier et disparait sans en laisser une miette." 

 

NLF 

VALLIÈRES SPIRIT

 

"Je prends mon tambour et je pars en défrichage dans le jardin de la Villa, pas loin des 23 heures je crois. Marine, Fabien, Natacha et Nicolas m'accompagnent. Il n'y a rien d'extraordinaire à leur montrer mais je suis toujours curieuse des gens curieux, alors je leur dis qu'ils peuvent venir en profiter pour s'allonger dans l'herbe sèche, regarder les étoiles, fermer les yeux, se détendre et se laisser porter. Je choisie une petite pierre bien orientée pour y allumer une petite flamme, laissant s’échapper quelques volutes de sauge blanche, je prends ma mailloche et bats un rythme régulier, déambulant entre les arbres à la recherche des choses qui poussent et qui grouillent. Je sens l'air frais et parfumé des sylphes de la vallée monter dans les feuilles et faire danser les habitants qui déjà me regardent. Je tambourine un moment, attendant la permission de poser mes questions mais rien. Pas de réponse. Il y a des choses étranges mais des choses craintives, je bats du tambour pour les appeler mais je bats du tambour aussi pour ces amis qui méditent là, à même le sol. La distinction entre les deux me parait difficile, il faut faire différemment. Je rejoins le petit groupe qui pionce tranquillement et demande que l'un d'entre eux batte du tambour pour moi. Fabien se propose. Il bat un rythme régulier et je m’allonge au milieu des arbres fruitiers. Je me laisse glisser, traversant une membrane puis une autre, mon corps fusionnant avec la terre jusqu'à créer un tout avec ce jardin.
Je sens alors son souffle, profond, chaud, sortant de ses nasaux venus renifler mon oreille droite. Vallières-Spirit, la noblesse souffreteuse, un ami abandonné de la main de l'homme, résistant, force protectrice il me fait face. Je pose ma question. Réponse instantanée, il sait déjà ce qui va arriver. C'est le figuier qui pose sa condition en premier: "Je veux chanter".

Plus haut dans le village, le clocher sonne."

NLF

DRAGON

 

"Tu vois Dragon, dans ce format numérique il n'y a pas d'énergie. C'est juste la copie de la copie de la copie du résultat d'un voyage sur les ondes versatiles qui mènent aux profondeurs d'une âme isolée, abimée, délicieusement cendrée. Elle m'a laissé une marque dans le foi, c'est dangereux de partir en voyage, il faut s'armer, se protéger, se défendre, c'est la guerre là dehors, derrière la membrane poreuse.

Tu vois Dragon, là ce n'est que l’aplatissement de nombreuses strates énergétiques, vastes, infinies qui forment un tout et qu'on ne peut résumer. Ce que tu vois là, c'est la synthèse que l'on ne peut pas faire, ce n'est pas l'accomplissement, ce n'est pas le soin, c'est la représentation qui rassure, qui situe, qui marque l’emplacement pour ne pas se perdre. 

Tu vois Dragon, ce n'est pas toi, c'est la représentation du voyage qui m'a mené à toi. Comme une carte postale que je t'envoie mais tu n'as ni les bruits, ni les odeurs, tu n'as pas les rencontres avec les entités qui vivent là, ces autochtones facétieux qui ont leurs propres langages. Installés depuis de nombreuses années ils te racontent de merveilleuses histoires. Ils viennent de très loin, des profondeurs de la terre ils t'alimentent en souffre pour que tu crache ton feu. Mais le combustible c'est toi."


NLF

CERF

 

"Parti à la recherche de l'esprit allié, guidé par le mien, je sens le corps de l'autre étendu là, serein, respiration profonde entrecoupée de petites incertitudes et d'impatiences. Le tambour sonne, la vitre vibre, ça ne prendra pas longtemps. Je suis déjà aspirée dans la forêt des grand arbres couverts de lichen. Il arrive. Ses sabots foulent le sol moelleux couvert d'une épaisse couche d’aiguilles. La vapeur s'échappe de ses naseaux tandis que sa couronne de bois rivalise avec les branches des hauts pins. Il est là, insufflé à l'autre étendu là, serein, respiration profonde, entrecoupée de petites incertitudes et d'impatiences. Le tambour ne sonne plus, la vitre a cessé de vibrer, ça n'a pas pris longtemps."


NLF

MÉDUSE

 

"Je longe les côtes du monde d'en bas et me délecte du ressac iodé. Il vient se fracasser sur les parois de la caverne aux merveilles. L'écume m'enlace et m'emporte au large. Dans les bras de la mer, comme projetée, trente ans en arrière, dans le ventre de ma mère, la chaleur du paysage, la douceur de la brume venue caresser les vagues... Et cette ambiance dorée, rougeâtre, crépusculaire, c'est le ventre de la terre. L'eau accalmie, les méduses viennent jouer dans les scintillements de lumière. Mon animal de pouvoir se pose sur le dôme d'une d'entre elle. 

J'ai toujours été subjugué par la beauté de la méduse, allant et venant au rythme du courant, se gorgeant d'eau salée, cloche de verre des océans, fragile et toxique. Elle entoure l’aura des Hommes, ses tentacules allants et venants au rythme des empathies, se gorgeant des énergies ici et là, cloche spongieuse protectrice à antennes, fragile et toxique pour qui se nourrirait uniquement de la tristesse du monde.

L'eau accalmie, flottant sur une douce houle, la méduse est mon radeau. Caressée par un vent lointain, je me laisse porter au centre de la terre, jusqu'à ce que le tambour me ramène." 

 

NLF